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Mot d’accueil aux nouveaux enseignants du premier degré (suite)

Le vice recteur présente ses salutations aux participants

Aux huit jeunes gens qui viennent de réussir leur titularisation, je souhaite la bienvenue dans l’Ecole de la République. Bienvenue dans ce beau métier d’institutrice, d’instituteur que vous avez choisi.

Je voudrais une nouvelle fois vous féliciter pour votre réussite l’an dernier à un concours de recrutement exigeant. Les choses ne se sont pas arrêtées là. Je dirais même que cette première année de classe, de stage, vous a permis de prendre la mesure des enjeux de votre futur métier. Je n’ai jamais douté de la qualité de votre formation : une formation d’une année sur le territoire que vous avez suivie accompagnés par l’équipe pédagogique de la DEC et du vice-rectorat et je viens de signer votre titularisation. Cette formation vous a demandé un investissement personnel important.

Vous êtes la fierté des îles Wallis et de Futuna.

Vous allez exercer dans une institution à laquelle la société française est passionnément attachée, puisque l’Education nationale engage l’avenir de ses enfants. Un attachement en lien étroit avec l’histoire et les évènements politiques qui ont construit la République dans notre pays. Vous enseignerez à Wallis et Futuna qui a besoin de vos compétences. Wallis et Futuna est un jeune territoire, qui a deux fois votre âge. Vos parents ont été les témoins de la naissance de son statut et vous avez grandi dans ce Territoire. Vous allez enseigner et rendre aux enfants de Wallis et de Futuna ce que vous avez appris, ce que l’Ecole du Territoire vous a donné, dans un contexte particulier : celui de la concession du premier degré à la mission mariste et donc sous la responsabilité de Monseigneur et de la Direction de l’enseignement catholique dont vous dépendrez.

C’est une situation unique dans la République. Elle est source de beaux succès mais parfois aussi source d’incompréhension de la part des familles et des enseignants dans leur ensemble qu’ils soient du premier ou du second degré qui n’ont pas toujours conscience de la situation exceptionnelle de Wallis et de Futuna et de ses conséquences sur les représentations qu’induisent cet état de fait.

Votre action au service des élèves et au service du Territoire trouvera sa place dans les orientations nationales définies par le ministre de l’Education nationale et dans celles que prévoit le nouveau projet éducatif 2013-2017 pour le Territoire. Ce projet éducatif s’enracinera naturellement dans le projet pastoral de l’évêché et prendra en compte l’enseignement de la langue de Wallis et de Futuna dans ses deux aspects : celui d’être un vecteur, d’être une aide à la scolarisation dans une langue française qui n’est pas la langue de la famille. Mais un autre enjeu d’égale importance est celui de faire du wallisien et du futunien un objet d’apprentissage, une langue enseignée comme signe majeur du patrimoine des deux îles.

La première priorité du nouveau projet éducatif issue de la concertation nationale déconcentrée « refondons l’Ecole de la République » au cours des journées du 20 août et du 28 septembre concerne le premier degré : l’école primaire et ses exigences pédagogiques. C’est la base des apprentissages : lire, écrire compter. Vous devrez aussi, au-delà, créer ce lien nécessaire avec le collège. Ce sera votre mission que d’y contribuer. Le nombre peu important d’écoles et d’établissements du second degré devrait faciliter la mutualisation des ressources et favoriser le travail en réseau entre les écoles mais aussi entre les écoles et leur collège de rattachement.

Vous représentez l’Etat qui reconnaît votre liberté pédagogique, qui vous délègue le droit d’évaluer les compétences des élèves. C’est un pouvoir très important que celui de considérer qu’un enfant ne réussit pas toujours. Pour expliquer ce qu’il lui reste à fournir comme efforts, ne vaut-il pas mieux partir de ses réussites plutôt que de ses difficultés ? Et lorsque que vous en parlerez avec lui et sa famille vous devrez le faire avec bienveillance. L’Etat vous accorde une lourde responsabilité dans les décisions de l’orientation d’un élève, de son maintien en fin de cycle, à la fin de l’école primaire. En retour, l’Etat attend des résultats de votre activité. Vous êtes l’organisateur des apprentissages dans la classe. Je me permets de vous rappeler que la grande erreur, l’erreur majeure de votre profession est souvent de confondre activités des élèves et apprentissages. Ce sujet est au cœur des pratiques pédagogiques. La maîtrise des compétences du socle commun constitue votre objectif central dans le premier degré comme au collège. Les compétences du socle commun couvrent les champs disciplinaires mais aussi l’acquisition progressive d’initiative et d’autonomie ainsi que la maîtrise des compétences sociales et civiques.

Cette mission d’éducation qui complète celle de l’instruction n’est pas nouvelle. Dans sa lettre aux instituteurs du 17 Novembre 1883, le ministre de l’époque n’écrivait-il pas qu’ Il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celle du langage ou du calcul ». Les compétences 6 et 7 sont à la fois vecteurs des apprentissages ; elles permettent à la classe de se faire et sont objets d’enseignement car elles visent à la formation des citoyens de demain. Ces compétences s’inscrivent dans le projet pastoral ambitieux de la Direction de l’Enseignement Catholique.

La façon dont vous conduirez votre classe est le premier levier pour réussir ces apprentissages et vous ne pouvez pas la concevoir sans expliciter vos attentes aux élèves, leur dire clairement ce que vous attendez d’eux en matière d’objectifs pédagogiques mais également en termes de comportements individuels et collectifs, attentes elles-mêmes référées aux exigences du socle. Votre posture professionnelle est la clé de voûte de la réussite dans ce domaine. N’oubliez pas que vous êtes, une référence essentielle pour les élèves.
Qu’attend-on de vous ? Précisément d’agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable. C’est la première compétence du référentiel des enseignants. Et, cette attente, je l’ai déjà dit et je le répète bien volontiers, n’est pas incompatible avec les valeurs de l’Enseignement catholique. Il faut que vous soyez conscients de votre rôle de référent majeur pour les élèves et leurs parents, et agir en conséquence. Vous devez faire preuve de responsabilité, vous devez porter un regard réflexif sur votre pratique afin de donner à vos élèves un espace de liberté dans un cadre exigeant. Comment allez-vous faire ?
Vous le ferez avec bienveillance et humilité en établissant une distance entre eux et vous afin de définir le périmètre d’un espace qui favorisera l’installation de ce cadre structurant propice aux apprentissages et favorable à la parole organisée des élèves. Il vous faudra mettre en place des règles collectives comprises et respectées par tous les élèves. C’est très important.

Si vous n’objectivez pas votre relation aux élèves , si vous ne la dépassionnez pas vous risquez de faire perdre de l’acuité à votre vision de professionnel pour lui substituer le flou des perceptions affectives qui vous conduiront malgré vous à favoriser ou discriminer, à inclure ou à exclure selon des critères subjectifs, à établir des palmarès du meilleur au pire, à manquer de réserve dans vos paroles et dans vos écrits concernants les élèves, de finalement mettre à mal le respect de l’autre que vous êtes censés leur apprendre et qu’en retour vous attendez d’eux.

L’Etat ne vous demande pas d’aimer vos élèves mais de les respecter. Encore une fois, pardonnez-moi d’insister sur ce point, respect et humilité sont les deux premières valeurs d’un maître dans sa classe. Elles fondent son autorité et lui donnent toute sa légitimité. Dans le premier degré, votre longue exposition aux mêmes enfants, font de vous l’adulte qu’ils fréquenteront le plus après ses parents, ou ses grands parents. Il faut s’en souvenir. Or, vous n’êtes pas leurs parents. La représentation que l’élève a de son maître et la relation qui s’établit avec lui nourrira celle qu’il entretiendra avec les adultes et avec ses pairs. C’est aussi celle qui fera qu’il aimera ou n’aimera pas l’Ecole par la suite. La classe est le laboratoire de la construction des relations sociales que l’élève exportera dans la cité. La classe reste le lieu premier de l’élévation progressive de l’élève à sa vie de citoyen de demain.

Dans une école où les élèves bavardent en classe, crient dans les couloirs, et se bousculent dans la cour, on ne se parle pas et on n’apprend pas. Cette situation va à l’encontre des missions de l’école.

La compétence 10 nous invite à jeter un regard prospectif sur le temps de la carrière et vous rappelle l’exigence qu’il y a pour un cadre de l’Education nationale de se former, de s’auto-former, de faire preuve jusqu’au dernier jour de son activité professionnelle, et au-delà, je l’espère, d’ouverture d’esprit, de curiosité intellectuelle et de créativité. Vous exercez une profession intellectuelle. Il vous appartient d’être des référents éclairés des problématiques qui traversent le Monde d’aujourd’hui. L’Etat attend de vous comme de vos collègues du second degré d’être à jour de vos connaissances pendant toute votre carrière.

Vous pourrez, si vous le souhaitez, réfléchir à d’autres choix professionnels pour demain : valider de nouveaux acquis, vous spécialiser dans l’enseignement des élèves à besoins particuliers, devenir animateur pédagogique, accéder aux fonctions de directeur d’école, et pourquoi pas un jour et ce jour viendra, accéder aux corps d’inspection ou réussir d’autres concours, mener d’autres activités hors Education nationale. C’est tout l’enjeu des secondes voir des troisièmes carrières.

En croisant ces opportunités vous aurez l’occasion de vous réaliser dans un parcours riche d’expériences et d’acquérir de nouvelles compétences. C’est le souhait de l’institution que de créer les conditions d’une gestion dynamique des ressources humaines.

Permettez-moi, avant de conclure, de remercier une nouvelle fois les acteurs de votre formation : Monsieur le Directeur de l’Enseignement Catholique, Monsieur l’Inspecteur de l’Education Nationale Adjoint au vice recteur, Mesdames les animatrices pédagogiques de la direction de l’Enseignement catholique, Monsieur le conseiller pédagogique de Futuna, Mesdames les directrices d’école qui vous ont accueillis sur le lieu de vos stages, et l’équipe des formateurs qui a mis son expertise à votre disposition. J’adresse tous mes remerciements aux représentants du syndicat des enseignants du premier degré qui ont accepté de se joindre à nous et j’ai une pensée toute particulière pour la grande chefferie d’Uvéa. Merci à Kalae Kivalu de nous avoir fait l’honneur de sa présence. Je vous remercie tous et souhaite à nos jeunes collègues, une très belle carrière au service des élèves et au service du Territoire des îles Wallis et Futuna.

19 octobre 2012

Bernard ZIER
Vice recteur des îles de Wallis et Futuna

Mise à jour : 23 avril 2015

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