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Les 20 ans du lycée d’état de Mata’Utu

Monsieur le Proviseur, merci pour votre invitation
Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les responsables des services de l’Etat, Mesdames et messieurs les élus du Territoire, messieurs les représentants de la coutume,
Chers collègues, chers parents, chers élèves, chers amis,

Permettez-moi de vous présenter les salutations de la journée
Le lycée d’Etat de Mata’Utu fête aujourd’hui ses 20 ans. 20 ans, c’est le bel âge. « On a toujours 20 ans » dit le poète pour se consoler de ne les plus avoir ...Chacun le sait, « Tout le monde court après sa jeunesse disait Francis Blanche et il ajoutait : « à douze ans, on court après un cerf-volant. Ensuite chacun court après son âme d’enfant ». Pour ma part, je me souviendrai encore longtemps de mes années de lycée. De mes presque 20 ans. Ce furent parmi les plus belles années de ma vie. Je crois pouvoir le dire aujourd’hui. Encore proche de l’enfance, mais déjà les voiles tendues vers l’avenir, les années lycée représentent le temps des interrogations, mais permettent tous les espoirs. En somme, ces années représentent le Temps de sa jeunesse, une jeunesse progressivement consciente des enjeux qui la guettent et avide de justice.

A contrario, avoir un jour 20 ans n’est pas pérenne. « On n’a pas toujours 20 ans ». Aujourd’hui nous célébrons, un instantané, l’anniversaire très symbolique, d’un établissement qui peu ou proue, a l’âge de ses élèves. Un âge, 20 ans, qui est davantage celui des passions que celui de la Raison. C’est d’abord vers vous, jeunes gens, élèves du lycée de Mata’Utu que je voudrais tourner mon regard et mes pensées. Ceux d’entre vous qui quitteront le lycée de Wallis à la fin de cette année scolaire auront un âge proche de celui de leur établissement scolaire. Je voudrais vous dire, jeunes gens, « belle jeunesse » comme le disait André Malraux, que vous êtes une formidable marque d’espoir et de fierté pour vos parents, vos enseignants et pour Wallis et Futuna. La création à Wallis de ce lycée, dont l’origine remonte à l’antiquité, à celle de l’Athènes classique et que vous fréquentez chaque jour, représente un moment essentiel de l’histoire du Territoire comme il symbolise un moment crucial de votre formation. Vous, élèves, n’avez plus eu à quitter votre foyer, votre territoire, pour suivre les enseignements qui vous conduisent à l’enseignement supérieur. Vous avez pu depuis l’ouverture du lycée être toujours plus nombreux à accéder aux différents baccalauréats et au-delà à accéder aux études supérieures. Votre avenir, comme celui du Territoire passe par un fort investissement de tous dans l’enseignement supérieur.

Il est culturellement vrai que « les années lycée » comme on les appelle familièrement représentent une étape importante pour ne pas dire essentielle de la vie d’un élève. Avoir la chance de faire ses études à proximité de chez soi, est très certainement une des clés de la réussite. Ce fut l’objectif premier de l’ouverture du lycée à Wallis. C’est la raison pour laquelle une classe de seconde a ouvert à cette rentrée scolaire à Futuna. C’est une chance pour le Territoire que de pouvoir instruire et éduquer sur place sa jeunesse afin de lui permettre d’être davantage consciente des enjeux pour l’avenir du Territoire.

Les jeunes sont souvent impatients de prendre leurs responsabilités, impatients de voler de leurs propres ailes comme on le dit souvent. Ils sont plus souvent à l’école des passions qu’à celle de la raison. C’est aussi celui de l’attachement à des idéaux de justice et de dépassement de soi qui s’exprime à l’occasion d’engagements courageux dans des domaines aussi variés que l’engagement sportif, associatif, personnel pour des causes nationales ou personnelles. C’est surtout l’occasion d’un engagement désintéressé. Ce n’est pas encore l’âge de glace de la Raison pure. C’est celui des passions. Parfois celui de l’impatience où pointe le désir de gagner en autonomie par l’affirmation de soi. C’est le temps de l’aspiration à la Liberté, de la révolte face aux injustices. C’est le temps des idéaux. C’est l’âge des combats pour soi et pour les autres qui sont autant d’occasion de se dépasser. C’est aussi celui de l’impatience à devenir enfin autonome. C’est l’âge des passions plus que celui de la raison. Dans le sens où ces idéaux, fondateurs de générosité et de solidarité sociale s’accomplissent dans ce que l’on appelle « les années lycée », la présence sur le Territoire de jeunes wallisiens et futuniens qui s’initient aux compétences scolaires certes mais aussi sociales et civiques sont autant de chances pour le Territoire. Le fait de suivre ses années de formation chez soi a profondément fait évoluer leur relation avec le Territoire. Il y a certainement là des occasions nouvelles pour renforcer vos liens, jeunes gens, avec votre culture et les valeurs qu’elle promeut.

En même temps, la jeunesse, n’est-ce pas le temps des choix difficiles pour l’avenir ? Y réfléchir à proximité des parents et de ses amis est important. La création du lycée de Wallis a été une étape majeure dans le développement de l’enseignement sur le Territoire qui, comme les élèves, devient progressivement adulte et autonome en matière de formation. La création du lycée a représenté l’occasion d’enseigner sur place les valeurs civiques et sociales de la République qui, dans l’esprit de la jeunesse du Territoire, sont également constitutives de la connaissance de son identité. La présence du lycée sur le Territoire de Wallis et de Futuna comme celle de davantage d’enseignants venus de toutes les voies de formation, assure le maintien sur le Territoire de davantage d’élèves qui s’engageront après leur baccalauréat dans des études à un haut niveau de formation et dans des voies diversifiées. C’est l’assurance de voir davantage d’élèves du Territoire dans l’enseignement supérieur, seule voie de formation qui garantit un haut niveau de qualification aux adultes de demain. Finalement, le lycée d’Etat de Mata’Utu, c’est la victoire intellectuelle d’un Territoire qui se donne les moyens de renforcer à la fois son identité et d’élever le niveau de qualification de sa jeunesse. En somme, la présence du lycée est une étape importante dans le développement du Territoire de Wallis et de Futuna. Il faut aujourd’hui remercier toutes celles et ceux qui, dans le passé, ont avec vigueur défendu cet utile projet porteur d’émancipation intellectuelle.

Le lycée de Wallis a, globalement, l’âge symbolique de ses élèves. Monsieur le Proviseur et son équipe ont la lourde tâche de conduire des jeunes dans leur vie de demain, dans une vie de jeunes adultes responsables et engagés, solidaires et parfois impatients de grandir et de prendre des responsabilités. De les conduire dans des murs rénovés, symbole de la qualité de l’enseignement qui est dispensé à Wallis et je voudrais profiter de cet instant pour remercier les enseignants pour la qualité du travail qu’ils accomplissent. Je voudrais adresser mes félicitations à l’équipe enseignante et d’éducation du lycée qui chaque jour fait la classe aux élèves et prend part à leur éducation. C’est grâce à leurs efforts, soutenus par la direction du lycée, que les élèves par ailleurs très investis réussissent leurs études. Bravo, Mesdames, Messieurs les enseignants pour la qualité de votre engagement au service des élèves. Merci, Monsieur le Proviseur, de les soutenir dans leur action. Je voudrais tout autant saluer les efforts importants des agents très engagés dans la vie du lycée comme ceux des parents qui, par le soutien qu’ils apportent aux enseignants, permettent aux enfants de plus facilement progresser.

Un lycée, ce sont des murs et des contenus, ce sont des ambitions pédagogiques et éducatives. C’est aussi l’occasion de former des jeunes bien dans leur tête, bien dans leur Histoire et bien dans leur temps. Des jeunes conscients des efforts qui les attendent mais certains d’avoir été formés de manière à relever leurs prochains défis. Et pourquoi pas, leur donner le désir de revenir se mettre au service du Territoire. L’éducation est sûrement un secteur d’avenir pour les enfants de Wallis et de Futuna.

Mais qu’en est-il de l’avenir de l’éducation sur le Territoire ? Quels enjeux ? Quels projets ?

La réflexion nationale qui a porté, à Wallis et à Futuna comme ailleurs, sur la Refondation de l’Ecole de la République a conduit à redéfinir les axes prioritaires de notre stratégie pour le Territoire dans les prochaines années.

Je voudrais rappeler cette étape essentielle et récente de mobilisation de toutes les forces vives de l’Ecole et les principes qui conduiront l’action future. Je remercie celles et ceux qui ont accepté de participer à ce débat.

Le projet de l’Ecole du Territoire qui est issu du débat est aujourd’hui la feuille de route des quatre prochaines années en matière d’éducation à Wallis et à Futuna. La formation des enseignants est au cœur du projet stratégique 2013-2017. Le projet est conçu pour mettre en œuvre des actions interdegrés afin de renforcer notre action notamment dans le cadre de l’Ecole du socle commun de connaissances et de compétences et préparer l’entrée des élèves au lycée dans la voie générale et technologique mais aussi professionnelle. L’organisation des enseignements obéit au renforcement des actions pensées dans la proximité des publics et se fonde sur le concept du travail en réseau. Ainsi l’action pédagogique est largement territorialisée autour du collège et des écoles de rattachement, entre le lycée (je devrais dire les deux lycées) et les collèges.

Les réseaux d’établissement irrigués par une formation continue dynamique animée par les correspondants disciplinaires et les animatrices pédagogiques de second et de premier degré dans un cadre territorialisé mais aussi rassemblés par pôle de compétence correspondent à l’ossature du dispositif.

Pour quels contenus ? Les axes prioritaires du projet à mettre en œuvre ont été définis au cours des travaux des ateliers « refondons l’Ecole ». Ces contenus constituent le cœur des projets pédagogiques pour les quatre prochaines années.

Bien évidemment, ces axes prioritaires ne sauraient être à l’écart des orientations nationales. Ce sont des adaptations d’objectifs nationaux qui se déclinent dans le contexte particulier des îles de Wallis et de Futuna.

Ainsi le renforcement de la continuité des apprentissages entre l’école et le collège, entre les collèges et le lycée, s’inscrit pleinement dans les objectifs nationaux mais se décline au singulier dans le contexte qui est celui de Wallis et de Futuna.

La valorisation de l’éducation culturelle et la connaissance du patrimoine des îles de Wallis et de Futuna ainsi que la valorisation d’objets d’études locales est une contextualisation d’enjeux dont l’importance a été réaffirmée au niveau national.

Le renforcement de la culture scientifique, et nous en avons un bel exemple au lycée de Mata’Utu, correspond à une volonté partagée de favoriser l’enseignement scientifique et le lycée d’Etat : Monsieur le Proviseur s’est engagé dans des partenariats qui favorisent cette ambition forte.

La réponse à donner à la scolarisation des élèves à besoins particuliers dans un contexte contraint nous demande de réfléchir à l’organisation de l’Adaptation scolaire et à la scolarisation du handicap dans un cadre partenarial et nous oblige à définir des parcours pour ces publics qui soient lisibles et efficients. Monsieur Delaubier, IGEN, est sur le Territoire cette semaine pour tenter de répondre aux difficultés d’organisation mais aussi préconiser des solutions pédagogiques aux difficultés auxquelles nous nous heurtons. L’idée c’est d’emblée que l’Education nationale ne peut pas avancer seule. C’est la mutualisation des ressources et les orientations stratégiques communes qui sont une des clefs de la réussite.

La preuve que la solitude dans l’action ne peut pas porter ses fruits nous la trouvons ailleurs, dans le choix que nous avons fait d’avoir une grande ambition pour le numérique éducatif sur le Territoire. L’Education nationale a besoin de partenaires pour réussir cette mutation technologique qui est source de plus grande égalité des territoires face à ce que d’aucun appelle la fracture numérique.

Vous voyez bien que l’Education ne peut plus se concevoir en vase clos mais ouverte sur le monde qui l’entoure. Peut être que l’avenir appartient à des classes sans murs et si l’Education et ses enjeux sont au cœur du développement des Territoires, la réflexion devrait désormais s’orienter vers la mise en place de partenariats forts avec les acteurs régionaux et internationaux dans le contexte insulaire qui est le nôtre. La toile du Net est faite de ses réseaux proches pour certains, plus lointains pour d’autres, qui doivent, puisque la géographie à ses limites, se mettre au service des territoires périphériques qui par leur situation ont d’un coup des atouts importants à mettre en valeur au lieu d’être considérés à tort, mais c’est de moins en moins le cas, comme des « bouts du monde ».

Merci, Monsieur le Proviseur, de m’avoir donné l’occasion de préciser certains aspects des priorités éducatives pour demain. Heureux anniversaire au lycée du Territoire de Wallis et de Futuna et bon vent à ses élèves.

Je vous remercie.

Mise à jour : 8 juillet 2013

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